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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 15:19

Des parois rocheuses de près de mille mètres de haut, ceinturées de glaciers, un no man’s land de l’alpinisme depuis la dernière expédition il y a 40 ans, pas de cartes ni de topos… Non, ce n’est pas la dernière Cordillère Cachée de Chilivie ou le sommet de l’Annapurjus, mais le massif du Cilo Sat dans le sud-est turc, à seulement 4100 m d'altitude. Les rares photos entrevues dans de vieilles brochures de l’office du tourisme turc ou sur Internet laissent deviner un splendide terrain d’aventure pour le trekkeur, grimpeur ou alpiniste. Pourtant, le conflit entre l’armée turque et la rébellion kurde du PKK a préservé le mystère de ces montagnes.

L’expédition de Bernard Amy en 1969, décrite et illustrée dans le beau récit « la montagne des autres », nous donnera l’eau à la bouche et des fourmis dans les mollets. Vues de Google Earth, ces montagnes s’avéreront moins opaques que l’administration turque le voudrait, et jointes aux photos satellite, aux photos et aux croquis, nous parviendrons à dégager la structure générale du massif et repérer des traversées et ascensions envisageables.

 

Voir articles "des cartes maison" , "un obejctif..des objectifs" et "Itinéraire initial"

 

Préparatifs:


Une fois l’équipe rassemblée et les dates fixées, préparer l’expédition consiste non pas à recevoir et payer un permis de sommet pour un sommet bien défini, comme c’est souvent le cas en Himalaya, mais plutôt à connaître les conditions d’accès à ces montagnes situées prés des frontières irakiennes et iraniennes où les guérilleros du PKK et l’armée turque s’observent et parfois se confrontent. Les démarches entreprises auprès des consulats et ambassades turques en France ne donneront rien sinon des avertissements alarmistes alors que les contacts noués par téléphone avec les autorités locales de Hakkâri, d’abord refrénés par les difficultés de compréhension dans cette région, finiront par butter sur l’inaptitude de nos interlocuteurs à nous répondre. Nous étions pourtant remonter jusqu’au gouverneur d’Hakkari sans recevoir de réponse claire et objective. Tant pis, notre expédition ne dépendra pas du bon vouloir d’un bureaucrate d’Ankara et décision est prise de nous rendre à Hakkari.


Approche: du 24 juillet au 27 juillet:


Après ces mois de palabres et de rêves éveillés devant les images satellite, il nous tarde de fouler les pelouses et glaciers du Cilo Sat. Cette Terre Promise proche-orientale de l’alpinisme commence enfin à se rapprocher lorsque nous entrons le 25 juillet dans le fuselage de l’avion qui nous mène d’Istanbul à Van. Vue du ciel, la Turquie se résume à l'interminable haut-plateau Anatolien, de plus en plus aride et dépeuplé à mesure que l'on s'éloigne de la métropole d'Istanbul et se rapproche des confins orientaux du pays. Le lac de Van, véritable mer intérieure du sud-est turc, apparaît comme un mirage après ces centaines de kilomètres desséchées. L'avion commence à piquer du nez au-dessus du lac comme pour se rafraîchir après ses deux heures de traversée anatolienne. Les brumes de chaleur et de poussière ne laissent toujours pas distinguer le massif du Clio Sat au sud-est ou l'Ararat au nord. 

Van, ville moderne et sans âme poussée au bord du lac mais curieusement beaucoup plus tournée vers les steppes à moutons de l'intérieur que vers la Grande Bleue du lac, fait penser aux villes de pionniers de l'Ouest Américain. Dans cette Turquie orientale qui relève plus du Far East que du Far West, les troupeaux de moutons remplacent les buffalos et les kurdes les peaux rouges, alors que les véhicules blindés de l'armée turque dégagent autant de poussière qu'un régiment de cavalerie yankee pendant la charge... Dans cette ville perdue au cœur des steppes de l'est turc (ne pas dire Kurdistan sous peine de subir les foudres de votre interlocuteur non kurde), l'influence ottomane ne se limite pas aux soldats en treillis paradant sous le drapeau de croissant et d'étoile mais se ressent également dans les portraits d'Atatürk (littéralement le père de tous les turcs) qui jalonnent toute la ville, comme si seul son regard sévère pouvait calmer les ardeurs séparatistes des Kurdes. Presque aussi présents qu’Atatürk, les cuistots des Döner Kebab Salon exposent derrière leurs vitrines leurs bras luisants et leurs sabres.

Par contre et à l'inverse de ce qu'un quidam débarqué de sa lointaine Europe, où le Kurdistan fait figure de PKK-istan peuplé de rebelles moustachus et combattants à l'entraînement, pourrait imaginer, la vie se révèle étonnamment douce et paisible malgré une présence militaire toujours palpable. Les couples flirtent dans la rue main dans la main, les voiles se font bigarrés voire absents. Il faut tendre l’oreille pour entendre le muezzin et apercevoir les montagnes pelées et rocailleuses afin de réaliser que nous n'avons pas atterri dans le quartier le plus occidentalisé d'Istanbul mais à la dernière frontière de l'Empire Ottoman.

Quatre heures de Dolmus (petit bus local) nous emmènent à travers des vallées fertiles et montagnes désertiques vers Hakkari, à l'extrémité sud-est de la Turquie, loin et même très loin du gouvernement d'Ankara. A l’approche de la frontière irakienne le kaki devient par endroits la couleur dominante, en accord avec le gris des casernements et des monts qui ceinturent et surveillent la capitale kurde de l’extrême sud-est. La vie kurde suit son cours malgré la police qui patrouille en véhicules blindés et la présence de bâtiments visiblement récemment détruits: les rues fourmillent, les salons de thé sont comblés de joueurs de go et les pâtisseries débordent de pièges sucrés à montagnards. Ces mêmes qui  arpentent la ville pour constituer leurs provisions sous les regards d’abord étonnés puis bienveillants des autochtones. En effet les touristes sont aussi rares dans la rue que les nuages dans le ciel mais l’honneur de notre présence semble aussi grand que ces magasins de téléphonie qui escortent  les rues.

 Les kurdes d’Hakkari feront ainsi preuve d'une gentillesse et d’une disponibilité sans pareil pour essayer de nous comprendre et de comprendre notre projet. Chose très ambitieuse si l’on sait que nous n’avions pas de langage commun. Peu de kurdes parlent l’anglais et notre seul outil de communication demeura un minuscule dictionnaire anglais-turc. Les kurdes prenaient malgré tout un temps considérable et dégageaient une énergie charitable pour nous trouver la solution. Par exemple Il arrivait très souvent que plutôt de nous faire comprendre qu’elle ne parlait pas anglais, la personne à qui nous nous adressions tire un portable de sa poche et « appelle un ami » parlant anglais pour que ce dernier joue le traducteur. Voir article "Un soutien plus que logistique"

En effet, depuis que nous avons posé les pieds dans l’est turc, nous nous employons à démêler les questions de l’accès au massif. A Van, d’abord, ou le conseiller de l’agence de tourisme auquel nous nous nous renseignons découvre les montagnes du Çilo et du Sat  avec la brochure que nous lui tendons. Ce dernier ne verra pas de contre-indications, en tout cas il n’aura pas d’information sur le sujet. Puis à Hakkari où nous poursuivrons l’enquête à la mairie.

On nous avait installé dans un grand bureau au centre de la bâtisse à l’étage ou on nous abreuvait continuellement de thé. Le thé c’est la poigné de main, plus qu’un facilitateur d’échange, une marque de politesse incontournable. Nous passons ainsi de nombreuses heures à expliquer notre projet à divers interlocuteurs liés de près ou de loin voir de très loin aux activités communales. (La mairie c’est une peu la café du village) On en apprend beaucoup sur la serviabilité des Kurdes, sans limite, mais peu sur l’accessibilité au massif. Une énième tasse de thé à la main, un stylo dans l’autre nous dessinons,  nous mimions des situations de grimpeurs, désignons les sommets sur notre ancienne brochure d’alpinisme turc, notre carte au trésor. Nos vocalises variées dans la prononciation des noms figurant sur la brochure resteront vaines face aux mines intriguées de l’assemblée. A notre décharge toutes les cartes se voient affublées d’un étonnant mélange de Turc et de Kurde. On espéré simplement ne froisser aucune sensibilité en répétant a l’infini les noms de villages et sommets.

Malgré tout on s’organise autour de nous et finalement une personne parlant anglais arrive : Polat, un jeune étudiant de retour dans sa région d'origine, Hakkari, pour les vacances. Non seulement Polat parlait très bien l’anglais mais comprenait aussi notre projet. Tout s’éclaire : il ne voit pas de d’interdiction connue, alors on tente de s’y rendre. En dépit des avertissements solennels proférés à propos de nos futures nuits sous tente à 2500 m (« vous allez mourir congelés »), nous trouvons un valeureux chauffeur de taxi prêt à emmener ces touristes inconscients là où la température nocturne frise les 15°C ! On apprend par la même occasion que le trek d’accès de plusieurs jours que décrit Bernard Amy dans son récit a perdu sa raison d’être, puisque le camp de Mergan situé au pied des parois du Çilo peut maintenant s’accéder par une longue route (difficilement) carrossable.

Nous partons sur la route en direction de Van pour resortir d'Hakkari. Après quelques kilomètres de la sortie de la ville, nous entrons dans le village kurde de Kirig Dag. De là, nous prenons la piste à droite qui monte à Mergan.


Voir articles "Accés au massif du Çilo et du Sat", "Accés au massif du Çilo et du Sat (suite) et "Accés au massif du Çilo et du Sat, conclusion"

 

Arrivée à Mergan:


Mergan, vallée verdoyante zébrée d’un torrent dominé en son fond par le majestueux Resko, cette imposante et sinistre dent noire drapée d’arrêtes déchiquetées qui accrochent le regard. Mais nous découvrons rapidement que Mergan prénomme avant tout le camp de bergers kurdes et leurs troupeaux qui ont investi les lieux…exactement comme le décrivait Bernard Amy dans le récit de son expédition de 1968!

Des petites huttes faites d'empilement de tissus aux couleurs vives bordent le bord gauche de la rivière. Les bergères tout en continuant leurs occupations, nous jettent des regards furtifs sous leurs fichus bariolés. Polat leur explique brièvement notre souhait de séjourner quelques temps dans la vallée. Les visages s’éclairent : nous sommes bienvenus. 

La présence d’une femme dans l’équipe semble rassurer : en effet, la gente masculine travaille en vallée ou en tant que bergers, les femmes restent au camp pour la production du lait et la fabrication du fromage. Ainsi les personnes au camp de Mergan sont à 80% des femmes. Le rôle des hommes et des femmes dans cette communauté qui semble fonctionner sur un mode encore assez traditionnelle est bien cloisonné.

Alors que les enfants s’étonnent de nos pointes de 12 et autres piolets, Barbara est invitée à la traite des bêtes tandis que Thom et Alex font parler leurs mains avec les bergers. La traite deviendra quasiment notre rendez-vous quotidien avec les kurdes, non pas que la taille du troupeau nécessite une paire de main supplémentaire, non, les trois ridicules millilitres au fond de son seau en témoigne, cette invitation à prendre part à une activité du camp est plus un prétexte à la rencontre…

Nous serons régulièrement invités à prendre part à des instants de leur quotidien.

Apres quelques démonstrations de danse au son des transistors d'un autre temps, les kurdes redescendent dans leur minibus. En effet, à l’époque de Bernard Amy, ils devaient séjourner tout l’été en altitude et redescendre à la saison froide au Kirig Dag. La modernité a aussi percé à Mergan, et c'est en minibus qu'ils montent chaque jour s'occuper des bêtes comme ils iraient au bureau. Seuls les bergers, véritables vigils restent la nuit pour veiller sur le troupeau.

Mais il est temps d'installer notre camp : nous élisons domicile quelques centaines de mètre au dessus du camp kurde, au bord du torrent sur un tapis d’herbes odorantes, à environ 2400 m et sous les sommets du Çilo qui frisent voire dépassent les 4000 m. Ce camp qui nous servira de camp de base pour nos ascensions à la journée se trouve doté de tout le confort moderne : eau courante au niveau d'une source claire située à 200 mètres des tentes, douche et machine à laver dans le torrent glaciaire qui roule des eaux revigorantes et primeur dans les champs de menthe sauvage à 50 mètres. Rendez-vous est pris avec notre chauffeur pour la semaine suivante, même si son expression peinée en dit long sur ses doutes en notre capacité à survivre en environnement aussi polaire ! Voir article "Le camp de Mergan"

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Barbara Satre
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Çilo Sat'ourne!

Le film!

 

Sorry, je l'enlève pour qu'il reste exclusif jusqu'au 25 octobre prochain. Date des rencontres Expé à Grenoble.

Vu à la télé kurde